LeMegaphone.net : Actualité, Débat, Polémique


lundi 2 juin 2008

Démocratie, où es-tu ?

publié par Seb à 12:16


« [...] Le président de la République a tous les pouvoirs de la royauté : il dispose de la force armée ; il nomme aux emplois civils et militaires ; il dispense toutes les faveurs ; il a tous les moyens d'action, toutes les forces actives qu'avait le dernier roi. Mais ce que n'avait pas le roi, et qui mettra le président de la République dans une position bien autrement formidable, c'est qu'il sera l'élu du suffrage universel ; c'est qu'il aura la force immense que donnent des millions de voix. Il aura de plus, dans l'Assemblée, un parti plus ou moins considérable. Il aura donc toute le force matérielle dont disposait l'ancien roi et il aura de plus une force morale prodigieuse [...].

Je dis que le seul fait de l'élection populaire donnera au président de la République une force excessive.

[...] Un semblable pouvoir, conféré à un seul, quelque nom qu'on lui donne, roi ou président, est un pouvoir monarchique ; et celui que vous élevez est plus considérable que celui qui a été renversé.

Il est vrai que ce pouvoir, au lieu d'être héréditaire, sera temporaire et électif, mais il n'en sera que plus dangereux pour la liberté.

Êtes-vous bien sûrs que, dans cette série de personnages qui se succèderont [...] au trône de la présidence, il n'y a aura que de purs républicains empressés d'en descendre ? Êtes-vous bien sûrs qu'il ne se trouvera jamais un ambitieux tenté de s'y perpétuer ? Et si cet ambitieux est un homme qui a su se rendre populaire, si c'est un général victorieux, entouré de ce prestige de la gloire militaire auquel les Français ne savent pas résister ; si c'est le rejeton d'une des familles qui ont régné sur la France, et s'il n'a jamais renoncé expressément à ce qu'il appelle ses droits ; si le commerce languit, si le peuple souffre, s'il est dans un de ces moments de crise où la misère et la déception le livrent à ceux qui cachent, sous des promesses, des projets contre sa liberté, répondez-vous que cet ambitieux ne parviendra pas à renverser la République ? »

Bayrou avant les Présidentielles ?
Des membres du PS échaudés par le système Sarko ?

Point du tout, simplement Jules Grévy, à l'Assemblée constituante le 6 octobre 1848.
160 ans après, ce discours est d'actualité.

La présidentialisation des institutions a entrainé ce que Grévy redoutait : "un homme au pouvoir, aux limites de l'idéal républicain avec ses propos sur l’origine génétique de la pédophilie, ses positions sur l’immigration aux limites de la xénophobie (tests ADN), son idéologie ultrarépressive assumée" (Le Monde diplomatique). Mais bon, on va pas taper encore et encore sur l'homme fou, bling-bling et narcissique à souhait.

Tout cela parce que dans une société centrée sur le Moi, avec des institutions fondées en pleine crise algérienne, le Peuple français élit tous les 5 ans une personne détenant des pouvoirs sans équivalents en Europe.
Ajoutez à cela le quinquennat qui rejoint ainsi le mandat des députés et une inversion du calendrier électoral (présidentielles avant législatives), conclue entre Chirac et Jospin en 2001, pour obtenir notre Cher Président de la République...

Vive les institutions ! Vive la République ! Vive la France !

Libellés : ,


1 commentaires:

À 05/06/2008 14:58 , Blogger MaX a dit...

Complètement d'accord.

Le plus grave est que, le plus souvent (sauf Giscard), le Président de la République tient les fils des marionnettes du partis politique qui l'a amené au pouvoir... par la même occasion il a autorité sur la majorité parlementaire (on le voit aujourd'hui avec la forte répression face aux "couacs" qu'a exercé Nicolas Sarkozy). Et aujourd'hui, comme apogée du pouvoir présidentielle, on voit un président capable d'évincer n'importe lequel de ses ministres, même le premier.

 

Enregistrer un commentaire

Abonnement Publier les commentaires [Atom]

<< Accueil