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samedi 17 mai 2008

Putain, 1 an...

publié par Quentin à 08:11


Un an déjà. Un an qu'il est là, le mec. Un an qu'on se le frappe, qu'on l'endure ou qu'on a la chance de l'avoir, c'est selon. Une véritable saison d'une série à l'américaine. Joie place de l'Etoile. Avatars. Rebondissements. Péripéties. Colères. Puis on en est là. Rien n'avance ; on recule même. Sans savoir pourquoi, les gens y ont cru. Pour certains, la machine peine à se mettre en route. Pour d'autres, tout ceci s'apparente à un bien vilain camouflet. Et pour eux, c'était prévisible. Enfin... encore fallait-il proposer mieux.

On a l'impression que c'était hier. Hier que Mireille Mathieu, revenue d'entre les morts, infligeait aux tympans des sympathisans UMP la Marseillaise.
C'était le 6 Mai 2007. Sarkozy remporta largement le scrutin présidentiel face à Becassine, avec 53% des voix. C'était bien un soir de Mai 2007 qu'il gagna "au peuple". On entend encore le Borgne éructer. Crier au vol. Sarkozy lui avait "volé" son électorat. Il est malin le type.
Une victoire, et un signe d'espoir. Une perspective nouvelle, euphorisante, qu'il s'en allait porter tout seul, comme un grand (L'utilisation de cet adjectif valorisant est indépendant de notre volonté. L'Elysée nous l'impose.) Des promesses donc, et une réelle volonté de changement. De rupture, qu'il disait.
C'est l'électorat populaire qu'il avait conquis. Celui qui souffre en fin de mois. Celui qui en a raz-le-bol. C'est cet électorat qui pleure aujourd'hui.

1 an après, rien n'a changé. Le Président ès "Pouvoir d'Achat" piétine et s'écroule dans les sondages. La conjoncture internationale aidant, les espérances sont revues à la baisse. Son dynamisme, son volontarisme n'y font rien : c'est le paquet fiscal, les engagements non tenus, les virées dorées chez Bolloré qu'il se reprend dans la gueule. Ca fait mal, un boomerang.
"Les caisses sont vides". Bah oui, qu'est-ce que vous voulez qu'il y fasse, lui. Ses prédécesseurs lui ont rendu la tâche ardue. Faut dire, c'était pas très fin les 15 milliards d'€ de chocolats aux copains. Non, soyons Grand Seigneur, il n'y a pas qu'aux plus riches que profite ce paquet, il y a aussi aux riches tout court. Tout va bien donc.

D'abord Bling-Bling, sa Présidence est marquée par une réelle volonté d'entreprendre des réformes. On se souvient encore du mécontentement des magistrats et des avocats. Celui des cheminots, non sans conséquences. Mais les Français ont l'air d'y croire. Tout semble être fait pour que leur futur change. Bien qu'omniprésent, omnipotent, Sarkozy rassure. Puis le ressort se casse.
Les critiques sur son style fusent. Certains crient même au 18 Brumaire, au "coup d'Etat permanent". Ceux qui hier l'encensaient ont retourné leur veste.
Et c'est tout d'un coup que tout va mal, ou presque. Des reformettes, par-ci, par-là, plutôt bonnes en somme, n'ont pas l'effet escompté.
Les municipales, comme un avertissement, lui signalent qu'il ferait mieux de filer droit, et c'est pas le joli sourire de Carla qui y changera quelque chose.

Revirement total ; ou plutôt un changement de style. Même si personne n'y croit plus, si tout le monde est conscient de la farce, le Président de la République reprend de la hauteur. Il faut enfin prendre réellement les choses en main. L'euro fort assomme le commerce extérieur, l'inflation rampante rend la vie des petites gens pénible. Chez ces gens-là, aurait dit Brel, on ne parle pas, non, on pleure. Le calendrier ministériel est tout de même maintenu. Dans l'attente de résultats probants, on ne peut encore se prononcer. Ce qu'on peut dire, c'est que la politique est désavouée. Inutile de dresser une liste des engagements non-tenus. Quoiqu'en disent ses camarades, le système des heures supplémentaires est presque inefficace. Les retraités crient au scandale. (Et c'est d'ailleurs par pur pusillanisme qu'il ne s'y attaqueront pas, à la réforme - réelle - des retraites.) La politique d'immigration est jugée inhumaine, parce que chiffrée. La politique de la ville, elle, est un échec : toujours le même désarroi en banlieue où, il faut le dire, on part avec un handicap aujourd'hui. Les petites PME ont le cou tordu. L'opposition s'en donne à cœur joie, mais ne propose aucune alternative. Certains nostalgiques appellent au nouveau Mai 68, 40 ans après.
Le marasme est profond. On sent que tout peut péter d'un moment à l'autre, et c'est bien ça le plus inquiétant.

Un bilan bien terne qu'est celui de la première année de sa présidence. Entre indécence et incompétence, les Français ont commencé à y voir plus clair dans son jeu. Cet homme si "simple et dynamique" qui incarnait tant d'espoir est désormais pointé du doigt. La République a du jeu. Les enseignants, aujourd'hui dans la rue, sont le témoin du malaise qui gangrène aujourd'hui le pays.
Il reste maintenant 4 ans, et aucune procédure "d'empeachment" n'est prévue par la Constitution. Il nous reste plus qu'a espérer que tout s'arrange, et si l'on devait trois mots pour résumer cette année riche en évènements, ils seraient ceux d'une locution anglaise : Back to reality...

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3 commentaires:

À 23/05/2008 20:14 , Anonymous Anonyme a dit...

"Entre indécence et incompétence, les Français ont commencé à y voir plus clair dans son jeu".
Donc pour toi la condamnation quasi unanime actuel n'est le fruit que du propre Sarkozy...ou du moins ne prends tu pas la peine de nommer certaines autres raisons.

Ton article est bien, relativement objectif(on se comprend), mais cette phrase me choque parcequ'elle occulte, à mon avis, une part importante des raisons qui ont amenées les Français à éprouver une telle lassitude,et à "voir clair" comme tu le dis .

Avant tout, et à tout hasard, poses leur la question de savoir sur quels points trouvent ils M.Sarkozy incompétent, et tu verras avec quelle stupéfaction leur mine béate ne révele qu'une compréhension partielle(et je suis modéré) des enjeux actuels.(se résumant la plupart du temps, pour eux, à une défense mesquine de leurs intérets personnels).
Je ne partage déjà pas ton allusion à la compétence .

Mais, au delà de ça, je te propose une brève analyse personnel de cet "anti-sarkozysme" latent.

Ce que je trouve sidérant, c'est à quel point notre Président a été porté au sommet pendant la campagne pour être descendu avec autant d'aplomb quelques mois plus tard .
A quel point il a suscité l'entousiasme pour ne finir qu'en symbole suprème de l'échec,qu'en incarnation de la bassesse et de l'inconvenance, qu'en représentant
de "ce que ne l'on doit pas faire".

Je dois t'avouer que,pour moi, cette ascention doublée de cette chute tout aussi fulgurante relève avant tout d'une "identification" trop forte au candidat Sarkozy,à cet homme politique enfin "comme nous",qui a "nos problèmes",qui comprend "nos difficultés"et qui est donc à même de les résoudre.

Et, c'est là que cela devient intéressant, car l'identification implique automatiquement une part d'inconscient.

Et, tu le sais autant que moi, l'inconscient de la population est très facilement modulable par ce qu'ils appellent "la comm'"(pour le pouvoir) et surtout, c'est ce dont je veux parler,la publicité(tout ce qui s'impose publiquement à la population nottament la presse,ses gros titres édifiants,ses grandes et belles affiches...pour ce qui est en général distinct du pouvoir).

Je te cite là un passage du wall street journal "Tels des alcooliques, les médias Français prennent leur verre de Sarkozy tous les matins avant le petit déjeuner. Ils épient, traquent,débusquent la moindre rumeur sur laquelle ils pourraient mettre la main, avant de dénoncer la pipolisation de la vie politique par le président" ou "comme des milliers d'aspirants people déçus peuvent en témoigner, on n'en devient un que si les médias le veulent bien..."

Je pense que tu saisis le problème et l'enjeu majeur que soulèvent ces lignes.
Je pense que tu saisis l'ambiguité malsaine de la position des médias.
Et aussi l'origine très probable d'une partie du mécontentement Français...origine que l'on doit nommer si on veut être honnète dans son appréciation.

Rien que dans l'édition du 15Mai 2008 du Nouvel obs..:
"Putain les mecs, il fait chaud, on se fout sur la terrasse !", aurait-il dit selon l'article. Puis, il aurait répondu à une question sur sa visite en Tunisie en répondant "rien à foutre, de toute manière, ce ne sont que des connards qui posent des questions à la con...".

Très bien!Belle image que celle de notre président!
Sauf que comme le souligne Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles..."Je le sais, comme mes confrères en poste à Bruxelles le savent, puisque j'étais présent. Et je peux vous affirmer que jamais le président n'a tenu de tels propos"

Ahhhh que ne sommes nous pas rassurés!
Mais, très honnetement, le mal est fait...et il trop tard pour y remédier. Car, que crois tu que l'inconscient collectif va retenir dans le fond de son crâne?les mots "connard"et "con" ou l'excuse du journal?

Et cet acharnement,cet ultradiscours,cette couverture inlassable et malsaine contribue, même si c'est très loin d'être l'essentiel, à une sorte d'histérie anti-Sarkozy,à une gêne,une lassitude, voire un dégout à l'écoute de son nom,à un rejet irrationnel de tout ce qui à trait à lui...

Je suis d'accord pour une certaine indécence,je ne suis pas d'accord pour l'incompétence(je parlerais plutôt de malcompétence sur certains sujets...mais je serais ravi d'en discuter dans un prochaine débat),je relève la déception du pouvoir d'achat ET je rajoute l'acharnement infernal de ces journalistes baveux dont la "déontologie" est aussi mystique et brouillé que l'opposition socialiste est crédible.

Et puis, comme tu le vois, il aura tout de même réussi à contribuer à la croissance en leur permettant d'augmenter leurs ventes

 
À 23/05/2008 20:49 , Blogger Quentin a dit...

Salut Ludo.
Quel commentaire.
Ton analyse est pertinente, sans doute complémentaire à la mienne. Ce sont les avantages des débats, ouverts à toutes les sensibilités.

Cependant, je confirme tout ce que j'ai écrit.

 
À 25/05/2008 21:00 , Anonymous Anonyme a dit...

J'ai eu la flemme de lire ton pavé Ludo mais je te promets que dès que j'ai la force,je posterai un autre com.Sinon ce site est vraiment pas mal.

Emmanuel M.,roi de Marseille (et de PES à ses heures perdues).

 

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